À Art Paris, du 8 au 12 avril 2026, la Galerie Claude Lemand mettra à l’honneur l’artiste japonais Manabu Kochi, sous un titre qui sonne comme un manifeste de saison et d’état d’esprit : Manabu Kochi, Artiste du Printemps. La foire retrouve la nef du Grand Palais pour sa 28e édition, et Paris redevient, le temps de cinq jours, une capitale où les œuvres se répondent d’un stand à l’autre, entre regards pressés et découvertes qui s’imposent.
Né en 1954 à Okinawa, à l’extrême sud du Japon, Manabu Kochi complète sa formation à l’École des Beaux-Arts de Florence, réside à Londres, puis s’établit en France en 1981. Sculpteur, peintre et graveur, il déploie depuis quatre décennies un univers immédiatement reconnaissable, où la joie des couleurs, l’humour, la philosophie et une forme de poésie organique composent une langue à part. À la Galerie Claude Lemand, cette présence est aussi une histoire de fidélité. Claude Lemand raconte avoir été séduit dès leur première rencontre à Paris, en décembre 1988, lorsqu’il fait connaissance avec Manabu et Midori, son épouse. Trente-huit ans plus tard, c’est cette amitié, et ce dialogue intellectuel et esthétique permanent, que le galeriste choisit de célébrer à Art Paris avec un ensemble de peintures récentes.
L’art de Kochi est souvent présenté comme une synthèse heureuse entre les arts dits primitifs et les courants européens modernes les plus novateurs, dans ce qu’ils portent de lumineux. Son œuvre postmoderne, au sens le plus libre du terme, ne cherche pas la noirceur, même lorsqu’elle en connaît l’existence. Claude Lemand résume cette vision en rappelant les croyances bouddhistes de tradition japonaise qui ont accompagné l’enfance et la jeunesse de l’artiste à Okinawa : l’unité du vivant, l’harmonie de l’univers, et une imagination foisonnante d’êtres hybrides, en métamorphose cosmique, comme si la vie, chez Kochi, refusait de se figer.
Cette position est aussi politique, au sens noble. Claude Lemand cite une phrase que l’artiste lui avait dite dès 1988, et qui tient lieu de boussole : « Je suis plus pour l’harmonie que pour le conflit, pour l’harmonie entre tous les êtres vivants, qui est une grande richesse ; la recherche de la pureté est illusoire, car elle aboutit au fanatisme. » Derrière l’éclat des pigments, Kochi se revendique universaliste et pacifiste, opposé à toute dictature et à toute guerre. Son histoire personnelle, marquée par le Japon et l’île martyre d’Okinawa, n’est pas étrangère à cette sensibilité.
Le lien entre l’artiste et Paris est également institutionnel. Grâce à la Donation Claude et France Lemand d’octobre 2018, le Musée de l’Institut du monde arabe à Paris conserve une importante collection d’œuvres de Manabu Kochi, une présence qui inscrit durablement son travail dans les collections françaises. Cette profondeur muséale donne un relief particulier à sa présentation à Art Paris, au moment où la foire accueille 165 galeries françaises et internationales.
Le parcours de Manabu Kochi raconte aussi une traversée. Ces dernières années, l’artiste a connu une période difficile liée à un cancer, qu’il a traversée avec courage et détermination, comme une épreuve régénératrice. Claude Lemand insiste sur ce point : loin de briser son élan créateur, cette traversée a renouvelé son art et approfondi sa palette émotionnelle. À l’harmonie et à la beauté du monde se mêlent désormais, plus visiblement, l’empathie face aux tragédies, la colère devant les injustices, les crimes, les tortures et les massacres, sans jamais renoncer à faire chanter la couleur, ni à annoncer une renaissance. Un éternel printemps, au fond, comme une promesse obstinée.
L’artiste a également poursuivi, durant les années de confinement liées au Covid, un ensemble de créations que la galerie souhaite exposer et publier sous le titre générique « Peinture et Poésie ». L’idée est celle d’un dialogue entre les images du peintre et les textes de Marguerite Yourcenar (Le dernier amour du Prince Genji), Claude Aveline (Portrait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas et Monologue pour un disparu), ainsi qu’avec deux grands poètes du haïku, Matsuo Basho et Kobayashi Issa. Cette dimension littéraire n’est pas un supplément. Elle éclaire une œuvre qui, même lorsqu’elle se déploie en volumes polychromes, garde le goût de la phrase intérieure.
Claude Lemand rappelle enfin la capacité de Kochi à répondre aux défis de l’histoire, avec des œuvres nées de l’émotion et de la solidarité, notamment face à l’incendie de Notre Dame de Paris en avril 2019, puis celui du château de Shuri à Okinawa, et face aux explosions du port de Beyrouth en août 2020. Ces ensembles seront publiés dans la monographie générale que la galerie compte lui consacrer en 2028, année qui marquera à la fois les quarante ans de la galerie et ceux de leur première rencontre.
La préface du catalogue de 1991 de Françoise Monnin, critique d’art et éditrice, vient mettre des mots sur ce que l’on ressent devant ces formes qui semblent naître sous nos yeux. Elle décrit une œuvre qui refuse le désenchantement, qui s’affirme comme une profession de foi spontanée et renouvelée, une quête d’énergie fondamentale. Motifs dessinés, volumes modelés, pépins, germes, boutons, premiers stades de l’évolution, tout évoque des commencements. Elle y voit, par endroits, un murmure de Hans Arp, ailleurs un érotisme ludique qui rappelle Miró, et une sensation aquatique et cosmique, insulaire, où la liberté passe par l’eau et par l’air.
En avril, au Grand Palais, la Galerie Claude Lemand promet donc une rencontre avec un artiste dont la joie n’est jamais naïve. Elle est construite, pensée, choisie. Et c’est peut-être cela, au fond, qui rend le titre si juste : Artiste du Printemps, non pas comme une saison décorative, mais comme une décision de vie.
Art Paris 2026, du 8 au 12 avril 2026, au Grand Palais. Galerie Claude Lemand, stand D22.
