À la galerie Tanit à Beyrouth, le photographe libanais Fouad Elkoury s’associe à Jeremy Peacock pour exposer Le Cerf-Volant, du 29 janvier au 5 mars 2026. Mêlant des photographies prises à Gaza et des textes recueillis et écrits par l’artiste, l’exposition présente une immersion sensible dans la réalité des Gazaouis.
L’exposition s’ouvre sur une composition de photographies datant de la guerre de 2009. Captures d’écran télévisé annotées par l’artiste à l’époque, elles affichent des hommes d’État, des drapeaux israéliens, des armes, des explosions et des corps. En légende : Keep Silent. Free fire on Gaza, 2009. « J’étais rongé par ce que faisait Israël et je restais incrédule face à l’inaction générale, d’où ce titre », explique Fouad Elkoury. Montrer aujourd’hui cette image réalisée en 2009 souligne, selon lui, le silence continu et l’impunité permanente.

Les textes occupent une place tout aussi importante que les images. Numérotés, ils ponctuent le parcours du visiteur et en structurent la progression. Loin de se limiter à une fonction descriptive, ils n’illustrent pas les photographies, mais les accompagnent, instaurant un dialogue entre image et parole. Comme de nombreux artistes, Fouad Elkoury a reçu des lettres envoyées par des Gazouis. À ses propres textes, écrits à l’aune de la guerre de 2023, s’ajoutent ces témoignages qui résonnent tout au long de la visite. Choisis pour la force qu’ils dégagent, ces textes traduisent aussi le besoin pour l’artiste d’écrire face à la violence de la situation. « La guerre m’a affecté au point que je ne pouvais plus manger sans penser aux Gazaouis », raconte Fouad Elkoury. « J’ai eu besoin d’écrire pour tenir le coup. Quand on m’a proposé de faire cette exposition, j’ai choisi ces textes pour accompagner les photographies, naturellement. »
Prises avant le début de la guerre en 2023, ces images restituent la ville et la vie à Gaza. Photographies en couleurs, en noir et blanc, paysages urbains, présence humaine, absence de corps, scènes de vie : le quotidien est mis en valeur. Un quotidien rythmé par l’adversité, mais aussi par la résilience des habitants.
Dans la seconde et dernière salle, deux murs se font face. Sur l’un, une unique photographie montre un visage masqué par un kuffiyeh, symbole de la résistance palestinienne. Sur l’autre, une frise de douze clichés en noir et blanc, pris au même endroit, à la fin d’une route, où se déplacent à pied, à vélo, en voiture ou en charrette les habitants de ce territoire meurtri. En texte d’accompagnement : « End of the Road. Plus que jamais, la Palestine est le symbole de la dérive du monde actuel. » Comme cette route qui s’arrête brusquement, la frise reflète le parcours interrompu de Gaza, une terre marquée par le conflit.
Comme l’explique l’artiste, la scénographie s’est construite sur place, après de nombreux essais, pour parvenir à ce résultat final. Deux histoires se côtoient : les photos de la ville et de la vie et les textes de la guerre. L’idée était donc de mélanger la guerre et la vie pour montrer une humanité restante.
Dans le décor brut de la galerie, images et textes résonnent ensemble, faisant monter la tension du spectateur jusqu’à un climax bouleversant, entre beauté des clichés et force des mots. Avec Le Cerf-Volant, Fouad Elkoury nous plonge dans Gaza au-delà des clichés de guerre, révélant la vie et la résilience de ses habitants.
