I Was Seven The Day I Came Back Home Completely Soaked est la nouvelle exposition du photographe libanais Gilbert Hage. Inaugurée le 12 mars à la Galerie Tanit, elle réunit plusieurs séries réalisées à différentes périodes de sa carrière.
Dès l’entrée, l’ampleur des tirages s’impose : des portraits en pied, en couleurs, d’environ 2,70 mètres de haut, installés sur fond noir. Ces figures monumentales occupent l’espace et instaurent une présence presque physique. Imprimées sur des bâches publicitaires puis enduites pour restituer l’apparence d’un tirage photographique, ce choix technique permet d’atteindre ces formats hors norme.

Habituellement très fréquentés, les vernissages se tiennent aujourd’hui dans une affluence réduite. Cela n’empêche pas une ambiance enjouée. Les visiteurs présents se photographient devant les portraits et investissent l’espace. Dans un pays quotidiennement attaqué, maintenir ces rendez-vous culturels relève d’une forme de résistance. Continuer à exposer, à sortir, à faire vivre ces lieux, c’est soutenir une scène artistique locale qui poursuit son activité malgré la violence quotidienne.
La série éponyme, réalisée sur environ quatre ans, constitue le cœur de l’exposition. Pour ce projet, Gilbert Hage a lancé un appel à participation, recueillant près d’une centaine de réponses. Les volontaires étaient conviés à des séances photo dans Beyrouth, organisées en créneaux d’une quinzaine de minutes : arrivée, signature des autorisations, passage sous l’eau, puis prise de vue. Sans casting préalable ni consignes vestimentaires strictes, si ce n’est que le tissu réagisse visiblement à l’eau, la sélection s’est faite a posteriori, en fonction du modèle et du rendu du tissu.
Le titre oriente la lecture de cet ensemble. Il renvoie, pour l’artiste, à un moment de bascule : l’âge où s’impose une première forme de désillusion, où l’on comprend que le bonheur n’est pas la norme, mais une exception. Plutôt qu’un récit, Hage propose un cadre ouvert, laissant au regardeur la possibilité de projeter sa propre expérience sur ces corps trempés, saisis dans un temps suspendu.
L’exposition se poursuit dans un espace plus étroit où sont présentées trois photographies issues du projet I Hate You Already Because Of The Lies I Told You. Réalisées en 2011, au moment des soulèvements du Printemps arabe, ces images montrent des langues tirées, geste enfantin de défi face à l’autorité. Le photographe y évoque une forme d’impuissance politique : protester, refuser, tout en restant pris dans un système auquel on finit souvent par se conformer.

La dernière salle présente Phone Ethics, une série réalisée en 2005 à partir d’images capturées avec l’un des premiers téléphones Nokia équipé d’un appareil photo de 2 mégapixels. À l’époque, la marque avait confié à plusieurs photographes de la région des appareils pour promouvoir cette nouvelle technologie. Hage choisit d’en détourner l’usage en photographiant des décolletés dans l’espace public, soulevant ainsi la question du consentement à l’image. Écartée de la communication de la marque, la série est exposée en 2011 aux Rencontres d’Arles, dans From Here On sous le commissariat de Clément Chéroux, Joan Fontcuberta, Erik Kessels, Martin Parr et Joachim Schmid.
Visible jusqu’au 23 avril à Beyrouth, l’exposition met en dialogue des projets développés sur près de deux décennies et revient sur la manière dont Gilbert Hage construit ses images avec ses modèles, dans une réflexion continue sur l’image.
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